Le secteur des télécommunications a détruit 28 300 emplois en 10 ans

L’Arcep a récemment publié son étude annuelle, « Le marché des services de communications électroniques en France en 2008 ». L’étude des données depuis la création de cet observatoire, au moment de l’application de la nouvelle réglementation qui ouvre l’ensemble du secteur à la concurrence, montre que les télécommunications ont perdu plus de 28 000 emplois en 10 ans.

Evolution de l'emploi dans le secteur des télécoms - Source : Arcep
Evolution de l'emploi dans le secteur des télécoms - Source : Arcep

L’ouverture du marché à la concurrence affichait pourtant parmi ses nombreuses promesses le développement de l’emploi et de l’investissement. Mais dans le même temps, France Télécom, soumis à la contrainte des marchés boursiers, se doit d’afficher chaque année une diminution significative de ses effectifs. Ce qu’il fait consciencieusement : en 10 ans, l’opérateur historique a supprimé près de 53 000 emplois, ce dont la presse parle rarement.

Chez France Télécom: 22 000 suppressions en 3 ans, 15 000 à prévoir d’ici à 2012

Le plan NExT (Nouvelle Expérience des Télécoms) promettait aux actionnaires 22 000 départs entre 2005 et 2008, et l’objectif a été atteint !

Tous les moyens sont bons pour y parvenir : recours abusif à l’emploi précaire, sous-traitance, délocalisation des services d’assistance clients à l’étranger… et bien sûr une pression accrue sur les salariés qui souhaitent rester en poste, comme en témoignent les enquêtes de l’Observatoire du Stress et des Mobilités forcées.

La « nouvelle expérience client » qui en découle n’est sans doute pas à la hauteur de la promesse… et d’ailleurs les clients s’en plaignent régulièrement.

Evolution de l'emploi chez France Télécom - Source : rapports annuels
Evolution de l'emploi chez France Télécom - Source : rapports annuels

Si les suppressions d’emploi se poursuivent au même rythme, soit 4% par an en moyenne, on peut s’attendre à plus de 15 000 suppressions supplémentaires d’ici 2012. L’effectif global de l’entreprise en France sera alors passé sous la barre des 87 000 emplois, et on aura supprimé quasiment la moitié des emplois de l’opérateur historique.

Les opérateurs alternatifs détruisent aussi des emplois

Chez les autres opérateurs français, les chiffres sont moins spectaculaires, mais les fusions-acquisitions génèrent régulièrement des suppressions de postes. Et ce quels que soient les engagements pris par ailleurs. Par exemple, mi 2004, Vivendi Universal (maison mère de SFR-Cegetel) s’engage à créer 2000 emplois entre 2005 et 2010, en échange d’un régime fiscal plus avantageux, le « bénéfice mondial consolidé » qui lui est accordé par Bercy. Cela ne l’empêche pas de mettre en place un plan social à la fin de cette même année.

2 760 emplois supprimés en 6 opérations de fusions-acquisitions

SFR/Neuf Cegetel :

Rachat d’Alice par Free :

Fusions en cascade dans le câble :

Sous-traitance et délocalisations: aucun opérateur n’est en reste

Tous les opérateurs ont ouvert des boutiques, dont les enseignes ont envahi nos villes, et plusieurs d’entre eux ont déployé des réseaux, fixes ou mobiles. Mais ils ont également pour point commun de recourir massivement à la sous-traitance, pour déployer et maintenir les réseaux, ou pour assurer le service clients.

Les services d’installation ou dépannage à domicile des box Internet sont ainsi régulièrement assurés par des prestataires externes, tel PC30, qui assure les interventions pour SFR et Orange.

Lee on the phone to Orange customer service
Lee on the phone to Orange customer service

Image i’m george (Flickr) sous licence CC by-sa

Du côté des services de relation commerciale ou d’assistance client, la sous-traitance est la règle. Tout le monde se souvient de l’externalisation des centres d’appels de SFR en 2007, qui a donné lieu à des mouvement sociaux sans précédent dans l’entreprise. 1 900 emplois de l’opérateur ont été transférés à Teleperformance et Arvato. SFR/Neuf Cegetel sous-traite également auprès de WebHelp, comme Orange et Bouygues Telecom, ou encore Timing, rachetée en 2003 par b2s.

Cette externalisation est souvent l’antichambre de la délocalisation des emplois : l’activité d’assistance technique de SFR a ainsi été intégralement délocalisée en Tunisie fin 2008 (voir aussi PCInpact). Et les prestataires des opérateurs sont solidement implantés de l’autre côté de la Méditerranée:

Orange Business Services délocalise également la gestion technique de ses clients à l’île Maurice.

Chacun se garde bien de publier les chiffres, et personne ne sait exactement combien d’emplois sont réellement délocalisés. Entre 20 et 25 000 selon les estimations, soit 25% des téléconseillers intervenant en 2007 sur le marché français.

Et les pouvoirs publics dans tout ça?

Le gouvernement nous assure régulièrement vouloir lutter contre les délocalisations. Mais on voit peu de mesures concrètes. La spectaculaire montée du chômage liée à la crise actuelle stimulera-t-elle l’action en la matière?

Pourquoi l’Europe, qui déploie tant de réglementation dans le secteur des télécommunications, n’impose-t-elle rien en matière de localisation des emplois?

Pourquoi l’Arcep, régulateur des télécommunications français, n’assortit pas l’attribution des licences de téléphonie d’obligations en matière d’emploi local? Pourquoi le cahier des charges du service universel de publiphonie (gestion des cabines téléphoniques), récemment renouvelé, ne comportait aucun alinéa concernant la sous-traitance?

Il est vrai que ces différentes instances se fixent pour objectif principal de « développer la concurrence au profit du consommateur ». Tant pis pour la pérennité des emplois chez les opérateurs et sur le territoire français!

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