Free : quand l’idéologie de la concurrence dessert l’économie

La tribune de Bruno Deffains, dans Le Cercle Les Échos, rappelle les conclusions de l’étude qu’il a présentée mardi matin 3 juillet à l’Université d’été de la CFE-CGC/UNSA 

La concurrence est une notion ambivalente. Sa face éclairée est économique : un moyen d’améliorer le bien-être social. Sa face obscure est politique, voire idéologique : la concurrence comme fin en soi. Nombre de cas récents de « libéralisation » semblent guidés par une conception de la concurrence idéologique plutôt qu’économique.

Le dernier concerne la téléphonie mobile, puisque l’arrivée du quatrième opérateur résulte d’une décision réglementaire et politique : reformatage de la licence et de son prix notamment pour « forcer » l’entrée d’un acteur désigné a priori. S’ensuit une double rupture en termes de prix et de commercialisation. Ce modèle qualifié de low cost a rencontré une forte adhésion initiale des consommateurs contraignant les opérateurs en place à réagir.
Et des chiffres de perte d’emplois ont été cités sans pour autant être expliqués. L’étude d’impact que nous avons menée quantifie ce choc au niveau de l’emploi « interne » chez les opérateurs, de l’emploi direct auprès des partenaires de 1 er rang (fournisseurs, distributeurs et administration en aval), et enfin l’emploi ainsi induit sur la chaîne des partenaires.

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Quelles que soit les arguties que l’on met en face pour nier la validité de cette étude, il faut malheureusement constater que des suppressions d’emploi sont simultanément annoncées ce même jour par trois opérateurs. Alors que SFR et Bouygues Telecom annoncent des plans de départ volontaires,  Stéphane Richard indiquait pour sa part, lors de la même Université d’été, que France Télécom-Orange ne pourra procéder au remplacement de tous les départs en retraite dans les 3 prochaines années.

Et si, comme le souligne l’Expansion, nous avons ici même alerté depuis plusieurs années déjà sur la tendance baissière de l’emploi chez les opérateurs, nous restons plus que dubitatifs sur l’opportunité d’introduire un quatrième opérateur mobile sur le marché français au moment où, dans les principaux pays européens,  le marché se restructurait, pour revenir justement  à ce que le marché peut réalistement accueillir dans des conditions économiques viables, c’est à dire … 3 opérateurs mobiles par pays.

Plusieurs dizaines de milliers d’emplois ayant été détruits alors que le secteur était en croissance (en CA global des opérateurs), il ne fallait pas être grand clerc pour prévoir que l’introduction d’une offre plus agressive sur le plan tarifaire ferait des dégâts plus importants encore. La valeur détruite ne se retrouvera pas de sitôt, si elle se retrouve un jour, et cette pression supplémentaire sur les marges obère en outre les capacités d’investissement dans les nouveaux réseaux, qui pouvaient encore constituer une voie de sortie par le haut, car, d’autres études le démontrent, l’innovation dans les télécommunications est bénéfique pour l’ensemble de l’économie, nous aurons l’occasion d’y revenir.

Le sempiternel rappel d’anciennes ententes tarifaires, si elles sont en effet condamnables, ne peuvent suffire à justifier la véritable « purge » aujourd’hui infligée au secteur des télécoms dans son entier. Rappelons que les amendes ont été payées, que, comme les individus, les entreprises ont le droit d’être réhabilitées lorsqu’elles ont purgé leur peine, et surtout que la défense des emplois n’est pas une simple défense d’intérêt corporatistes, mais une véritable urgence nationale, alors que la crise économique se durcit dans toute l’Europe, et que le chemin de sortie ne s’annonce pas particulièrement simple à trouver. Vaut-il mieux financer des cotisations chômage… ou payer quelques euros de plus sur sa facture de téléphone ?

Il est temps de sortir des contestations purement idéologiques, et de se retrousser les manches pour tenter d’endiguer l’hémorragie des emplois, que personne ne saurait aujourd’hui nier ! C’est ce à quoi nous appelons tous les acteurs, à commencer par ceux qui ont un pouvoir de régulation…

Les débats de l‘Université d’été de la CFE-CGC/UNSA se poursuivent le 4 juillet, pour continuer d’éclairer le contexte, et d’identifier des voies possibles pour sortir de la crise.

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