Suicides à France Télécom : vers un procès pour « harcèlement moral »

Enfin ! Près de 9 ans après l’engagement des poursuites pénales, les magistrats instructeurs en charge du dossier des suicides de France Télécom viennent de rendre une ordonnance de renvoi devant le Tribunal correctionnel de la personne morale France Télécom, de son ancien patron Didier Lombard, ainsi que six autres dirigeants de l’époque.

A l’origine de cette procédure pour laquelle elle est partie civile, la CFE-CGC Orange « se félicite de cette décision » mais « regrette cependant que le chef d’homicide involontaire n’ait pas été retenu » par les juges.

Reste maintenant à savoir quand cette affaire sera jugée…

Source : Suicides à France Télécom : un procès pour « harcèlement moral »

Suicides de France Télécom : les principaux dirigeants de l’époque menacés de poursuites pour harcèlement moral

Si le juge d’instruction, qui rendra son ordonnance d’ici quelques semaines, suit l’avis du parquet, Didier Lombard, ancien numéro un de France Télécom (devenu Orange en 2013), son ex-bras droit, Louis-Pierre Wenes, et celui qui fut DRH, Olivier Barberot, comparaîtraient pour « harcèlement moral ». De même pour la société France Télécom, personne morale.
Deux directeurs territoriaux – Nathalie Boulanger et Jacques Moulin –, ainsi que le DRH France de l’entreprise, Guy-Patrick Cherouvrier, et l’ex-directrice du programme Act, Brigitte Bravin-Dumont, devraient répondre, eux, de « complicité de harcèlement moral ».

A l’origine de cette procédure, la CFE-CGC demande, pour sa part, la requalification des faits en « mise en danger de la vie d’autrui » et « homicide involontaire ».

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Sources :
Suicides à France Télécom : des dirigeants menacés de poursuites pour harcèlement moral
Crise des suicides à France Télécom : la CFE-CGC demande le renvoi en correctionnelle pour mise en danger de la vie d’autrui et homicide involontaire

Stress et suicides au travail : toujours dans la ligne de mire !

La dénonciation de ces fléaux, de plus en plus pris au sérieux par l’opinion publique, ne suffit cependant pas à les éradiquer : il faut continuer de les combattre, pour protéger les salariés de maux très insidieux et très douloureux.

Ce documentaire audio sur France Culture met en évidence la difficulté à faire reconnaître les suicides en accidents du travail :

L’ANACT, quant à elle, utilise le théâtre pour sensibiliser à l’importance de la prévention du stress au travail :


On ne badine pas avec le stress au travail par anact

Manifeste pour sortir du mal être au travail, de Vincent de Gaulejac & Antoine Mercier

Vincent de Gaulejac était notre invité en avril dernier, et vous pouvez revoir la vidéo intégrale de son intervention :

Le livre qu’il a co-écrit avec Antoine Mercier a trois originalités :

  • il synthétise très bien l’analyse du mal-être au travail, qu’il étudie depuis plusieurs années,
  • il permet de faire un “auto-diagnostic” pour évaluer si l’on est soi-même en danger,
  • et surtout il donne des pistes concrètes pour agir, avec quelques règles à s’appliquer individuellement, et surtout des pistes d’action collective pour éradiquer une plaie, que nous sommes si nombreux à connaître qu’il ne peut plus s’agir d’un hasard, et qu’il devient urgent d’agir.

Les analyses et les perspectives qu’il propose se recoupent avec les excellents travaux de Gabriel Colletis, et permettent de comprendre ce qui nous arrive, pourquoi, et comment en sortir.

A lire absolument pour cesser d’être un “pion” dans une société malade de la gestion, et reprendre notre destin en main !

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Une fiction sur le monde du travail : La Cigarette, de Marin Ledun

C’est encore l’été, les vacances pour certains. Vous prendrez bien une petite fiction ?

Dans cette pièce radiophonique proposée en mai dernier par France Culture, Marin Ledun saisit avec acuité les traits saillants de la souffrance au travail.

Rien de très étonnant à cela : c’est un ancien salarié de France Télécom,  co-auteur de l’ouvrage “Pendant qu’ils comptent les morts“, rédigé avec le docteur Brigitte Font Le Bret, membre de l’Observatoire du stress et des mobilité forcées.

Chine: le sous-traitant Foxconn atteint le million d’employés

Fabricant d’iPad et d’iPhone pour Apple, de Kinect pour Microsoft, d’ordinateurs pour Dell, HP et d’autres encore, le plus gros sous-traitant du monde a une croissance fulgurante, appuyée sur des conditions de travail implacables.

Premier employeur chinois, Foxconn s’était retrouvé sous les feux de l’actualité au printemps dernier lorsqu’une vague de suicides a mis en cause les conditions de travail chez ce géant de la sous-traitance.

Foxconn au salon high-tech de Shenzhen, photo de Bert van Dijk (Flickr) sous licence CC by-nc-sa

L’entreprise avait annoncé en août qu’elle allait recruter 400.000 salariés supplémentaires d’ici fin 2011, et selon plusieurs sources de presse ces jours-ci, Foxconn a déjà dépassé un effectif total d’un million, loin devant tous les autres employeurs du secteur high-tech.

L’entreprise connaît une croissance énorme (son chiffre d’affaires a grimpé de 50% au premier semestre), lié aux commandes de ses clients qui lui font fabriquer l’iPad, des smartphones (iPhone notamment), des consoles et équipements de jeu (Wii, PS3, Kinect…), des e-books (le Kindle d’Amazon), des ordinateurs…

Cette croissance se bâtit sur une exploitation en règle de ses effectifs, décrite en octobre par une étude d’universités chinoises menée sous la direction de l’ONG Sacom (Students & Scholars Against Corporate Misbehavior), résumée en français par Novethic: on y décrit des «camps de travail à la culture militarisée».

Sont pointés les salaires trop faibles (augmentés fortement en novembre pour passer à 3200-3500 yuans par mois (366 à 400 euros), la durée du travail (elle peut aller chez Foxconn jusqu’à 80 heures par semaine), un management de brimades et de punitions, etc.

A voir aussi sur la Chine, un article du Point, «La Chine à la conquête des télécommunications», qui dresse le tableau de la progression chinoise dans ce domaine, aussi bien avec les équipements (Huawei et ZTE) que les supercalculateurs.

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Vague de suicides chez Foxconn, sous-traitant chinois – 30 mai 2010

“France Télécom, malade à en mourir” sur Arte

Actu express: Arte a programmé hier une soirée “Télécoms, fiascos et réussites“. Elle se composait de deux documentaires, dont le premier, “France Télécom, malade à en mourir“, rend compte des méthodes inhumaines qui ont conduit à l’épidémie de suicides.

Ce film donne la parole à plusieurs salariés ou anciens salariés de l’opérateur historique. Ils ont témoigné de ce qui les amené à la dépression voire à la tentation d’en finir: déménagement forcé, mise au placard pendant des années, situation kafkaïenne d’un salarié abandonné dans un bureau vidé de tout équipement et des autres employés…

page web d'Arte sur la soirée télécoms

Leurs témoignages, ainsi que plusieurs analyses, comme celui d’une psychiatre et du spécialiste du harcèlement au travail Christophe Dejours, aident à comprendre comment la décision d’une poignée de technocrates a abîmé des milliers de vies et poussé certains à la mort.

Faire partir 22.000 personnes en quelques années n’a pas été indolore, loin de là. On a pu revoir le tristement fameux propos sur “la mode du suicide” de Didier Lombard, alors à la tête de l’opérateur historique.

La seconde partie de soirée sur la chaîne, “Télécoms, le grand chambardement“, montrait plus largement l’évolution vers la privatisation et la concurrence en France, en Allemagne et en Espagne. Le documentaire rappelait qu’avant la Commission européenne de Jacques Delors, ce mouvement a été enclenché en Grande-Bretagne par Margaret Thatcher.

Il montre aussi que la gestion de la libéralisation n’a pas connu en Espagne et en Allemagne la brutalité qu’ont vécu les salariés de l’opérateur historique français.

Ces deux documentaires sont visibles gratuitement pour une semaine sur le site d’Arte, puis seront accessibles en téléchargement payant.

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Rentrée littéraire : les difficultés de la vie d’entreprise en vedette – 6 septembre 2010

Censure: l’Observatoire du stress enfin accessible chez France Télécom – 25 août 2010

La négation de tous les médiateurs sociaux dans l’entreprise : une politique dévastatrice et délibérée chez France Télécom – 4 octobre 2009

La litanie des suicides à France Télécom: à quand la remise en cause d’une politique toxique? – 13 septembre 2009

3e assises nationales de l’Observatoire du stress et des mobilités forcées, les 9 et 10 décembre 2010

L’Observatoire du stress et des mobilités forcées à France Télécom-Orange, copiloté par la CFE-CGC/UNSA et SUD, vous invitent à leurs 3èmes assises nationales, les 9 et 10 décembre 2010, à la Bourse du Travail de Saint-Denis.

Plus d’un an après l’éclatement de la crise de l’été 2009, le sentiment général qui prévaut parmi les salarié-es de France Télécom – Orange, c’est que les choses n’ont pas véritablement changé dans l’entreprise. Ces nouvelles assises nationales composées d’ateliers et de tables rondes permettront de faire le point sur la situation dans le groupe France Télécom – Orange.

Elles seront aussi un moment fort pour élargir le débat aux autres entreprises du secteur des télécommunications, à la fonction publique et à l’ensemble du champ interprofessionnel.

Enfin, l’Observatoire souhaite faire avancer un sujet décisif : la reconnaissance des suicides en accident de service pour les fonctionnaires.

Les assises sont ouvertes à tous. Venez nombreux !

Censure: l’Observatoire du stress enfin accessible chez France Télécom

La censure d’Internet existe en Chine et dans d’autres pays, mais à petite échelle on la trouve aussi dans des entreprises, y compris françaises, qui veulent bannir des écrans des salariés les sites qui déplaisent à leur direction.

Il y a neuf ans, ce fut le cas chez Technip, qui retira les liens de son espace syndical en intranet; chez Dassault Systèmes un site sur l’informatique, Padawan.info, a été bloqué en 2004. Limiter l’expression sur les intranets est une pratique qui se retrouve entre autres à SFR (Miroir social).

Mais un cas emblématique de cette vision cubaine ou nord-coréenne du dialogue social et la liberté d’information a duré des années et portait sur un contenu particulièrement sensible, à propos d’une grande entreprise éprouvée par des suicides de salariés. Il s’agissait du blocage du site de l’Observatoire du stress et des mobilités forcées, interdit aux salariés de France Télécom.

CensureImage de Nicolo Paternoster (Flickr) sous licence CC by-nc-sa

La CFE-CGC/Unsa, à l’origine de l’Observatoire avec Sud, annonce (communiqué en PDF) qu’elle “note avec une grande satisfaction la fin de la censure interne qui interdisait depuis 2007 aux salariés du groupe, l’accès du site de l’Observatoire”.

Elle relève que “la nouvelle direction s’était engagée à rompre avec cette forme de déni. Elle a respecté sa parole.”

Alors que cette politique de déni qui s’en prenait au thermomètre et non à la fièvre a enfin cessé, le syndicat relève aussi “avec soulagement la nette diminution, cet été, du nombre de suicides chez les salariés. Rien dans le domaine des troubles psycho-sociaux n’est jamais acquis. Mais il est important que le personnel reprenne confiance.”

Par une certaine ironie de l’histoire, c’est dans la même période qu’Orange s’associe à Reporters sans frontières (RSF) et propose pour les journalistes mal vus par leurs gouvernements un kit pour surfer anonymement. C’eut été un comble que le filtrage d’un site dérangeant perdure parallèlement dans la même entreprise…

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La négation de tous les médiateurs sociaux dans l’entreprise : une politique dévastatrice et délibérée chez France Télécom – 4 octobre 2009

France Télécom: vers un nouveau «contrat social»? – 27 septembre 2009

L’observatoire du stress censuré sur l’intranet de France Télécom – 25 septembre 2009

La litanie des suicides à France Télécom: à quand la remise en cause d’une politique toxique? – 13 septembre 2009

Liens externes

Fiches pratiques salariés – Forum des droits sur l’Internet

Surfer au travail sans fâcher son patron – 01men, 12 juin 2007

Vague de suicides chez Foxconn, sous-traitant chinois

Foxconn Technology (alias Hon Hai Precision Industry, indique l’AFP), sous-traitant d’Apple, Nokia, Sony, et bien d’autres entreprises high-tech, a connu une dizaine de suicides, de sources officielles en Chine.

Ces drames sont liés aux cadences et au stress imposés à ces employés qui fabriquent entre autres des iPhone et des PC (HP, Dell…), six jours sur sept et 12 heures par jour pour 900 yuans (105 euros) par mois.

Vendredi, la direction de Foxconn s’est engagée à augmenter les salaires de 20%, sans date précise, et a recruté «2.000 personnes pour assurer la sécurité et le suivi psychologique des employés», rapporte ZDNet.

D’autres mesures ont été prises chez Foxconn, comme la pose de filets anti-défenestration, ou dans un genre particulièrement douteux la demande aux salariés de signer un engagement de ne pas se suicider. La médiatisation de ces morts a aussi amené les donneurs d’ordre à réagir. Nokia et Sony ont annoncé vendredi examiner les conditions de travail chez leur fournisseur.

“L’unité de base ici, c’est le dortoir”

Le correspondant en Chine du Monde décrit le site de Longhua, où vivent et travaillent pour Foxconn 300.000 employés. Propos rapportés d’un porte-parole, “Notre usine, c’est à la fois une ville et une usine, mais l’unité de base ici, c’est le dortoir et pas la famille”.

Le Monde indique que «dénonçant la “crise grave du mode de croissance de l’atelier du monde” que révèle la tragédie de Foxconn, neuf sociologues chinois de renom ont appelé le gouvernement, dans une lettre ouverte, à “mettre immédiatement fin à ce modèle de développement qui sacrifie la dignité fondamentale des gens”. Ils enjoignent les entreprises à “faire un effort de conscience pour améliorer la paie et les droits des travailleurs migrants, afin d’en faire de vrais citoyens de l’entreprise.”

Selon Geoffrey Crothall, porte-parole de l’ONG China Labor Bulletin à Hongkong, il faudrait au moins 50% d’augmentation des salaires de base pour permettre aux ouvriers de vivre dans les villes. La crise chez Foxconn est aussi celle du blocage des revendications salariales dans un système sans syndicat indépendant ni intermédiation.”

Une grève, interdite, chez Honda

“Un nouvel incident le confirme: la paralysie totale des usines chinoises de Honda, à la suite d’une grève des ouvriers de son équipementier à Foshan (Guangdong) déclenchée le 24 mai. C’est la première fois qu’un constructeur automobile est confronté à un débrayage organisé, interdit en Chine. Les ouvriers veulent que les salaires passent de 1 000-1 500 yuans à 2 000-2 500 yuans…»

Enfin, parmi les nombreux articles et commentaires sur Foxconn, signalons ce billet sur un blog américain, qui fait un lien entre les suicides du géant chinois et de France Télécom, en se demandant si c’est là “le coût humain de la bande passante bon marché et des gadgets”.

Vague de suicides chez Foxconn, sous-traitant chinois

Foxconn Technology (alias Hon Hai Precision Industry, indique l’AFP),

http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5iPQZHz98r5coT5sRNYZZmetAwGhQ

sous-traitant d’Apple, Nokia, Sony, et bien d’autres entreprises, a connu une dizaine de suicides, de sources officielles en Chine.

Ces drames sont liés aux cadences et au stress imposés à ces employés qui fabriquent entre autres des iPhone et des PC (HP, Dell…), six jours sur sept et 12 heures par jour pour 900 yuans (105 euros) par mois Vendredi, la direction de Foxconn s’est engagée à augmenter les salaires de 20%, sans date précise, et a recruté «2.000 personnes pour assurer la sécurité et le suivi psychologique des employés», rapporte ZDNet.

http://www.zdnet.fr/actualites/suicides-le-sous-traitant-chinois-foxconn-promet-des-augmentations-de-salaires-39752001.htm

D’autres mesures ont été prises chez Foxconn, comme la pose de filets anti-défenestration, ou dans un genre particulièrement douteux la demande aux salariés de signer un engagement de ne pas se suicider.

La médiatisation de ces morts a amené les donneurs d’ordre à réagir. Nokia et Sony ont annoncé vendredi examiner les conditions de travail chez leur fournisseur.

http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5iPQZHz98r5coT5sRNYZZmetAwGhQ

Le correspondant en Chine du Monde décrit le site de Longhua, où vivent et travaillent pour Foxconn 300.000 employés.

http://www.lemonde.fr/economie/article/2010/05/28/la-serie-de-suicides-chez-foxconn-revele-les-fragilites-de-l-hypercroissance-chinoise_1364395_3234.html

Propos rapportés d’un porte-parole, “Notre usine, c’est à la fois une ville et une usine, mais l’unité de base ici, c’est le dortoir et pas la famille”.

Le Monde indique que « dénonçant la “crise grave du mode de croissance de l’atelier du monde” que révèle la tragédie de Foxconn, neuf sociologues chinois de renom ont appelé le gouvernement, dans une lettre ouverte, à “mettre immédiatement fin à ce modèle de développement qui sacrifie la dignité fondamentale des gens”. Ils enjoignent les entreprises à “faire un effort de conscience pour améliorer la paie et les droits des travailleurs migrants, afin d’en faire de vrais citoyens de l’entreprise.”

Selon Geoffrey Crothall, porte-parole de l’ONG China Labor Bulletin à Hongkong, il faudrait au moins 50 % d’augmentation des salaires de base pour permettre aux ouvriers de vivre dans les villes. La crise chez Foxconn est aussi celle du blocage des revendications salariales dans un système sans syndicat indépendant ni intermédiation.

Un nouvel incident le confirme : la paralysie totale des usines chinoises de Honda, à la suite d’une grève des ouvriers de son équipementier à Foshan (Guangdong) déclenchée le 24 mai. C’est la première fois qu’un constructeur automobile est confronté à un débrayage organisé, interdit en Chine. Les ouvriers veulent que les salaires passent de 1 000-1 500 yuans à 2 000-2 500 yuans… »

Enfin, parmi les nombreux articles et commentaires sur Foxconn, signalons ce billet sur un blog américain, qui fait un lien entre les suicides du géant chinois et de France Télécom, en se demandant si c’est là le coût humain de la bande passante bon marché et des gadgets ».

http://www.zdnet.com/blog/foremski/46-suicides-at-france-telecom-9-at-foxconn-the-human-cost-of-cheap-bandwidth-and-gadgets/1354

Les sénateurs ouvrent un blog sur le mal-être au travail

Actu express: le Sénat a créé fin novembre, dans le cadre de sa commission des Affaires sociales, une mission sur le mal-être au travail, à la suite en particulier de l’épidémie de suicides à France Télécom.

Cette mission, qui doit rendre en juin ses préconisations, a ouvert récemment un blog sur le sujet: il permet de voir et de commenter les vidéos d’auditions par la mission.

Blog de la mission mal-être au travail du Sénat

Rappelons qu’un forum sur le stress, «Réagir ensemble», a été créé par deux syndicats de France Télécom-Orange, et que comme pour l‘Observatoire du stress, son accès est censuré depuis les connexions Internet internes chez France Télécom.

A lire aussi

Travailler plus, c’est mortifère

On ne présente plus Gérard Filoche, Inspecteur du travail bien connu pour ses positions très “carrées”. Dans un billet du 8 janvier, il relie à juste titre les suicides au travail chez France Télécom, et le “déshabillage” progressif du Code du Travail de ces dernières années dans une indifférence quasi générale, qui se matérialise notamment par le fait qu’on lui a reproché, en 2008, d’assister à une journée de travail organisée par l’Observatoire du Stress et des Mobilités Forcées à France Télécom-Orange, mis en œuvre par Sud et la CFE-CGC/Unsa.

Depuis, un coin du voile a été levé sur le tabou des suicides au travail. Mais il faudra encore du temps pour que les liens avec l’évolution du droit et surtout les pratiques concrètes des entreprises en matière d’organisation du travail soient admis par tous, et permettent de déboucher sur de vrais changement dans la vie des salariés. C’est l’un des aspects rappelés par les sociologues du travail qui se sont exprimés lors du débat public organisé ce même 8 janvier par l’Observatoire au Conseil Régional d’Ile de France.

En attendant, il appartient à ceux qui sont directement impactés, et aux experts du domaine, qu’ils soient chercheurs, inspecteurs du travail ou syndicalistes, de continuer à démontrer et dénoncer la langue de bois qui prévaut encore trop souvent sur ces questions…

La négation de tous les médiateurs sociaux dans l’entreprise : une politique dévastatrice et délibérée chez France Télécom

Alors que de nombreux médias, et de nombreux français, s’interrogent sur la vague de suicides chez France Télécom, se demandant « comment on a pu en arriver là », on entend ça et là une remise en question des syndicats, qui « n’auraient pas été présents » pour accompagner les salariés et éviter la dégradation dramatique des conditions de travail dans l’entreprise.

Un mécanisme pervers articulé en trois temps

L’examen approfondi de la situation met en évidence une réalité beaucoup plus grave. Les méthodes de gestion de l’entreprise, entièrement calées sur une « culture du chiffre », où l’on ne s’intéresse plus qu’aux cours de bourse et aux indicateurs qui permettront de satisfaire l’exigence, exorbitante, des marchés financiers, a totalement mis de côté le facteur humain. L’idéologie du capitalisme financier semble avoir trouvé au sein de France Télécom un lieu de mise en application de ses fantasmes les plus fous. Sébastien Crozier l’exprime dans une récente interview à itexpresso : « A l’instar de Serge Tchuruk, ex-P-DG d’Alcatel, qui voulait faire une entreprise sans usines, la direction de France Télécom veut faire d’Orange une marque sans salariés ».

Il s’agit donc de marginaliser la parole des personnels en appliquant une politique de déni, qui évacue les alertes syndicales, neutralise les médecins du travail, et supprime les ressources humaines de proximité.

Cones on Steps
Cones on Steps

Image hey mr glen (Flickr) sous licence CC by-nc

On peut ainsi se concentrer sur l’objectif : comprimer chaque année davantage le nombre de salariés, pour améliorer le fameux « cash-flow », que le Conseil d’Administration dédie pour moitié au versement de dividendes. Continue reading “La négation de tous les médiateurs sociaux dans l’entreprise : une politique dévastatrice et délibérée chez France Télécom”

Impunément, travailler tue

Sur le blog de Gilles Raveau :

“Sinistres mais révélateurs, les suicides à France Telecom ne doivent pas devenir l’arbre qui cache la forêt. Car, depuis des dizaines d’années, des salariés meurent deux fois. Physiquement, puis symboliquement. Ils meurent car ils travaillent. Ensuite, ils meurent du silence et du mépris ; de l’absence de reconnaissance pénale, médicale et publique, des causes professionnelles de leurs décès.” C’est ce qu’explique très bien ce magnifique texte signé dans le cadre de l’initiative de la Fondation Copernic “travailler tue impunément”.

La suite sur le blog de Gilles Raveau

Rapports Larcher : à relire d’urgence

Les événements de l’été 2009, et en particulier des suicides sur le lieu de travail, ont mis en évidence aux yeux de tous la vraie nature de la tragique situation sociale qui prévaut à France Télécom SA.

L’absence de dialogue social, dénoncée depuis plusieurs années par la CFE-CGC, est désormais admise par plusieurs organisations syndicales, relayée par la Presse et confirmée par le Ministre du Travail :

  • En  ne consultant pas (ou insuffisamment) et en n’informant pas (ou insuffisamment) les CHSCT préalablement à toute décision portant sur la prévention  des risques professionnels et sur l’amélioration des conditions de travail, l’entreprise ne respecte ni les dispositions du code du travail (ses art L 4611-1 à L 4614-16) ni celles de la Convention Collective Nationale des Télécommunications.
  • L’employeur n’assure pas à ses personnels des conditions d’hygiène, de sécurité et de travail satisfaisantes et conformes aux exigences du code du travail (ses art L 1151-1 à L 1152-6 et L 4121-1 à L 4121-5 notamment) et de la Convention Collective Nationale des Télécommunications.
  • L’employeur ne respecte pas les dispositions conventionnelles relatives au stress au travail (ANI du 2 juillet 2008 et Convention Collective Nationale des Télécommunications).
  • L’employeur ne respecte pas les droits garantis aux comités d’établissements par le code du travail en matière d’information et de consultation sur les problemes généraux concernant les conditions de travail (son art L 2323-27).
  • L’employeur refuse de négocier loyalement les dispositions collectives applicables aux personnels et destinées à prendre en compte les conséquences sociales des réorganisations de l’entreprise (la GPEC par exemple).

Continue reading “Rapports Larcher : à relire d’urgence”